SOUFFRANCES AU TRAVAIL
La Lettre de SAT N°2
Février-Mars 2007
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Regards d’ailleurs
La Mairie de Grenade et l’accueil de la souffrance des fonctionnaires.
Extrait de l’entretien avec Jésus Ambel. Psychanalyste. Psychologue de la Mairie de Grenade. Membre de la Escuela Lacaniana de Psicoanálisis (Espagne) (*).
Traduit de l’espagnol par Federico Ossola.
La Mairie de Grenade vient de rendre public un nouveau service destinés aux fonctionnaires qui a reçu le nom de Cabinet d’Accueil au Personnel (1). Il s’agit d’un groupe interdisciplinaire de professionnels chargés de proposer un soutien aux fonctionnaires qui le souhaitent.
Quel est le but de ce nouveau « Cabinet d’Accueil au Personnel » ?
Son but est d’orienter et de traiter le malaise des fonctionnaires de la Mairie de Grenade. Malaises professionnels, personnels et familials, il s’agit pour de traiter les symptômes relationnels que le fonctionnaire rencontre avec le public qu’il accueille. Fonctionnaire et Public sont des habitants de l’hyper modernité et comme l’indique J.-A. Miller, si le maître antique prenait soin de l’esclave, le maître moderne l’angoisse.
Comment cette idée est-elle née ?
Il reste encore des fonctionnaires de vocation. Ce sont eux et les syndicats de la Mairie à qui revient le mérite de la création de ce service. Depuis des années ils souhaitaient agir et apporter des réponses aux plaintes, demandes, et revendications des travailleurs. Témoins de la souffrance de nombre d’entre eux, ils ont vu progressivement leurs postes de travail devenir un enfer, loin de l’idéal de l’Administration Publique. La corporation actuelle a eu la sensibilité et la sagesse de parier sur un service ouvert aux pratiques de la parole et de l’écoute. A nous désormais de démontrer que cette interprétation a été la bonne. Le Cabinet est composé d’un travailleur social, d’un agent administratif et d’un psychologue. Consultations nombreuses ou pas, les effets thérapeutiques sont visibles dès lors que le sujet se sent écouté et que la dignité de son symptôme lui est rendue.
A qui s’adresse votre offre d’écoute ?
Elle s’adresse aux 1 600 personnes travaillant à la Mairie de Grenade. Le malaise du corps municipal est, de ce fait, représentatif du malaise général de la population. Sur les traces de Jean Claude Milner, nous parlons de « mal-vivre » : les liens de solidarité entre les fonctionnaires se sont distendus, le discours social du « droit des usagers » commande sur les moyens à notre disposition ; Alors le capital émotionnel de celui qui « rend service » s’épuise. Apparaissent les signes cliniques de ce qui ne va pas : angoisse, dépression, maladies organiques, absences au travail prolongées… Peu à peu la sphère familiale se voit affectée, les rapports sociaux se dégradent. Quelle est la nouveauté apportée par cette initiative ?
Nous sommes arrivés un peu tard face à l’absurdité entre les vies personnelles et professionnelles de certains de nos collègues. « Dans le milieu du travail, le symptôme d’un sujet sert à connaître comment fonctionne une organisation déterminée, il garde la forme complexe du monde où il a été constitué, il est comme un monument, une invention du sujet face à l’insupportable ». Dans le milieu du travail, le symptôme prend la forme d’un « je ne peux pas », une formule d’arrêt, comme dit J.-A. Miller. Je laisse en dehors des visées de notre Cabinet l’obligation d’être heureux, l’usage de la parole sur un mode impératif, la tendance à l’objectivation de la souffrance, les protocoles et les questionnaires. J’ouvre une porte à l’humain et au singulier.
En tant que psychologue, quelles répercutions a ceci dans la Psychologie ?
Il s’agit d’un petit grain de sable dans la bataille que nous avons avec les grandes corporations pharmaceutiques dans leur alliance avec l’appareil de l’Etat et avec quelques petits personnages raspoutiniens amant des couloirs ministériels. Encore une fois, le responsable du Cabinet d’Accueil au Personnel de la Mairie de Grenade fait objection à la normo-praxis.
(*) Cette interview est apparue dans la page officielle du Colegio Oficial de Psicólogos, en Mars 2006.
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